Saint-Gervais, la station de ski qui bouge

Saint-Gervais new look, c’est la station de ski qui bouge au Pays du Mont-Blanc. Qui l’eût cru il y a seulement dix ans? Saint-Gervais a changé en un rien de temps. Le nouveau pont de contournement du centre lui a donné un coup de fouet. Le coup de plumeau a suivi dans la foulée. Ce pont, on en parlait depuis des lustres, tandis que le bourg traversé par la route départementale noircissait en s’asphyxiant à petit feu. En 2012, le rêve s’est matérialisé en un miniviaduc du plus bel effet: il enjambe d’un pas de géant (170 m) le torrent du Bonnant. Le cœur de Saint-Gervais respire et s’est refait une beauté. Dépoussiérée, l’architecture Belle Époque a retrouvé sa superbe. L’église baroque au fronton peint resplendit. La très vieille maison forte de Haute Tour (XIIIe) a été restaurée en pôle culturel. Les boutiques ont été astiquées. La patinoire olympique rénovée et le nouvel entraîneur de danse sur glace s’appelle Isabelle Delobel, championne du monde 2008 de la spécialité, excusez du peu. Exit l’ancienne piscine, au profit d’un complexe aquatique flambant neuf. Les bonnes tables fleurissent, Raphaël Le Mancq (Le Restaurant Sérac) a même décroché sa première étoile l’hiver passé. Et, cerise sur le gâteau, La Folie Douce, le dance-floor d’altitude déjanté, vient de débarquer sur les pistes. Il n’y a pas si longtemps, on aurait plutôt parié sur celles de Chamonix ou de Megève…
Saint-Gervais a longtemps vécu dans l’ombre de ces deux montres sacrés. Sa renaissance n’en est que plus spectaculaire. «Nous sommes partis de très bas», reconnaît Jean-Marc Peillex, le maire, artisan du renouveau et réélu haut la main au printemps dernier, dès le premier tour pour un troisième mandat. «Mais maintenant, ça y est, nous avons abandonné nos complexes vis-à-vis de nos voisines.» L’édile voit sa station comme «un havre de paix situé entre les deux». Il est vrai qu’ici, avec 20 000 lits touristiques seulement, les 6 000 administrés ne se sentent pas envahis. Quant à la vie nocturne, elle s’achève avec le dîner. Mais de jour, «Saint-Gervais vit à l’année, souligne le maire. Même les saisonniers sont d’ici, l’été ils exercent une autre activité.» Reste maintenant à doper le parc hôtelier, limité en standing (3-étoiles au mieux) comme en capacité. Deux établissements 4-étoiles sont annoncés pour l’hiver prochain: une construction de 70 chambres et la réhabilitation d’un établissement plus petit.
Pour l’heure, le rapport qualité-prix de Saint-Gervais new look est l’un des plus attractifs de la région. Les Anglais, grands découvreurs des meilleurs coins des Alpes à toutes les époques, ne s’y sont pas trompés. Ils représentent aujourd’hui 20 % des hivernants. La clientèle s’internationalise à la vitesse grand V. «De 20 % d’étrangers, nous sommes passés à près de 40 % en deux hivers», précise Didier Josèphe, le directeur de l’office du tourisme. Autre fait significatif, les nouveaux chalets poussés sur les hauts de la commune n’ont rien à envier à leurs homologues mégevans. Le risque d’une montée en gamme, c’est la flambée tarifaire. «Nos prix ne sont pas inflationnistes», assure le maire. Jusqu’à quand?

Cours de géo

La commune est vaste et étagée. On y débarque du TGV ou de l’autoroute au Fayet, à 600 m d’altitude. Ici, le ménage est en cours. C’est le fief des Thermes, souvenir (rénové) de la splendeur du «Saint-Gervais-les-Bains» d’autrefois. Le bourg, la station proprement dite, se trouve juste au-dessus, à 850 m d’altitude, reliée aux pistes par une télécabine. Un peu plus haut, vue sur le massif du Mont-Blanc et skis aux pieds, le Bettex et les Communailles, squattés par des chalets de plus en plus chics. Enfin, à 1 200 m, à flanc de montagne, face aux dômes de Miage (3 700 m) et à l’aiguille de Bionnassay (4 052 m), le minuscule village de Saint-Nicolas-de-Véroce: une perle rehaussée d’une magnifique église baroque et d’un musée d’art sacré. Accès par la route ou à ski.

Évasions panoramiques

Depuis le bourg, c’est un fait: on ne voit pas le Mont-Blanc. Mais à ski, c’est un festival. Et la majestueuse chaîne n’est pas seule à susciter l’admiration. Les Aravis et le massif des Fiz, certes plus modestes, composent avec les géants de 4 000 m un panorama à 360 °. Et pour ce qui est de la glisse, il y a de quoi faire: 235 km de pentes sur le grand domaine Saint-Gervais – Megève, point culminant à 2 353 m, sous le sommet du Mont-Joly. D’ici, on redescendra jusqu’à Saint-Nicolas-de-Véroce par la Grande Épaule puis la Petite Épaule, soit 1 000 m de dénivelée face au Mont-Blanc. Optez sans hésiter pour le forfait Évasion. Ce sésame (209 € les 6 jours, réductions pour les moins de 15 ans et les plus de 65 ans) inclut l’accès illimité à deux domaines voisins (transferts en voiture ou skibus): celui des Contamines-Montjoie (120 km) et celui des Portes du Mont-Blanc (100 km) qui relie le Jaillet de Megève, la Cry de Combloux et la Giettaz.
Tél.: 04 50 93 11 87 et www.ski-saintgervais.com
Techniquement, les pistes sont, à quelques exceptions près, peu violentes. Mais, hors balises, on peut aussi tracer en pente plus raide, telle la plongée dans l’envers du Mont-Joly, versant Contamines-Montjoie. Et pimenter encore le plaisir sur les grandes descentes hors pistes et les itinéraires de randonnée du massif du Mont-Blanc. Suivez alors les guides de Saint-Gervais dont la compagnie, la deuxième au monde après celle de Chamonix, vient de fêter ses 150 ans.
Tél.: 04 50 47 76 55 et www.guides-mont-blanc.com

Un tramway nommé plaisir

Depuis cet hiver, le forfait Évasion inclut une journée au Prarion, ravissant petit domaine (50 km) partagé entre Saint-Gervais et Les Houches, dans la vallée de Chamonix. Le plaisir commence dès le transfert, 40 minutes de TMB, le Tramway du Mont-Blanc. Ce train centenaire à crémaillère est l’un des derniers et le plus haut de France. L’été, il monte jusqu’au Nid d’Aigle (2 372 m), au pied du glacier de Bionnassay: c’est le train des alpinistes en partance pour la voie classique du Mont-Blanc. L’hiver, il a pour terminus le col de Bellevue (1 800 m). C’est là, ou un peu plus bas, au col de Voza (1 650 m), que l’on chausse les skis, face de l’arête et du dôme du Goûter. Les trois rames du TMB arborent chacune leur livrée, bordeaux, bleu marine et vert sapin. Et chacune a un prénom, Jeanne, Marie et Anne. Comme les trois filles de Pierre Noury, propriétaire de l’exploitation de la ligne du milieu des années 1950 à celui des années 1960. Voilà pour la petite histoire.
Tél.: 04 50 53 22 75 et www.compagniedumontblanc.fr

Haltes au sommet

Le Tremplin. Sur la piste bleue des Orgères (secteur Communailles), une table exquise (Hugues Chevallier, le jeune chef, a fait ses armes dans un 2-étoiles Michelin), ouverte cet hiver dans une vieille ferme d’alpage (1729), joliment restaurée par Jean-Philippe Bailly ; 30 € le ticket moyen pour un repas complet (!), terrasse panoramique.
Tél.: 04 50 18 88 42.
O’Communailles. Au pied de la piste bleue éponyme, ambiance design et branchée, formules à 25 €, terrasse avec tente transparente chauffée. Et nouvel espace ski-fooding avec grignotage de minitartiflettes, pizzas, focaccias… (à partir de 10 €) cuites au feu de bois dans le mazot Mama’s Kitchen.
Tél.: 04 50 93 17 48 et www.ocommunailles.com
Sous les Freedy’s. Tenu par Jeanine et Olivier, anciens gardiens du refuge du Goûter, ce chalet d’alpage fait halte sur la piste noire Michel Dujon. Charcuterie, salade verte, beignets de pomme de terre à volonté et fromage composent le menu unique à… 17,50 €. Les initiés s’y précipitent, réservez.
Tél.: 06 99 49 17 70.
La Folie Douce. Un concept composé, pour mémoire, d’un grand bistrot chic La Fruitière (40/45 € la formule), d’un self locavore La Petite Cuisine (moins de 20 €) et de la fameuse terrasse où l’on danse sur les tables tout l’après-midi. Plus un carré VIP où le champagne coule à flots (de 14 € la coupe à 1 800 € le salmanazar de 900 cl…). Accès à ski seulement, à 2 000 m d’altitude, au sommet du Mont-Joux, face au Mont-Blanc qui n’en revient pas. Nous non plus.
Tél.: 04 50 58 99 67 et www.lafoliedouce.com
La Rioule. Sur le domaine du Prarion, au col de Voza, pile à l’arrêt du TMB, ce sympathique vieux chalet (1900) vient d’être repris. Son nouveau nom savoyard, plus engageant que l’ancien (Le courant d’air!), signifie «la fête». Et c’en est une que la croûte aux champignons (11 €) devant le feu de cheminée.
Tél.: 04 50 18 03 90.

Et puis dans Saint-Gervais village 

Le Bistrot Sérac. La table étoilée, c’est la porte à côté. Ici, Raphaël Le Mancq se plaît à cuisiner à la braise ; menu à 26 € et desserts à tomber.
Tél.: 04 50 93 80 50 et www.3serac.fr
Le Galeta. Un beau grand vieux chalet pour une envie de grillades au feu de bois ou de spécialités du cru, tel le farcement avec saucisse de Magland et pormonier (18 €).
Tél.: 04 50 93 16 11 et www.le-galeta.fr
La Ferme de Cupelin, la même que précédemment donc, mais côté restaurant, où Romain Desgranges fait merveille avec les produits locaux ; menu à 32 €.
Tél.: 04 50 93 47 30 et www.lafermedecupelin.com

Direction Le Fayet et ses Bains du Mont-Blanc,

les fameux thermes ouverts en 1827. Saint-Gervais est, de toute la Savoie, la seule station de montagne à proposer des soins en eau thermale. Un parcours bien-être, intérieur et extérieur, enchaîne bains de vapeur, bains reminéralisants, jets toniques, lits hydromassants, relaxation sur dalles chaudes… pendant près de trois heures ; partir de 21 € en «happy hour», entre 17 h 30 et 21 heures.
Tél.: 04 50 47 54 57 et www.thermes-saint-gervais.com
Carnet de route

Se rendre à Saint-Gervais:

Jusqu’au Fayet en TGV, le week-end, au départ de Paris et Bourg-en-Bresse ou tous les jours en TGV-Lyria jusqu’à Genève, www.voyages-sncf.com En avion jusqu’à Genève depuis Paris et la province, www.easyjet.com Transferts gares-aéroport/Saint-Gervais en bus SAT, tél.: 04 50 93 64 55 et www.sat-montblanc.com
Lire: Les Enfants du Mont-Blanc, 150 ans d’histoire de la Compagnie des guides de Saint-Gervais Val-Montjoie, racontés par Dominique Potard et Julien Pelloux (Editions Guérin 2014). Aliocha, le roman d’Henri Troyat (1991), situé en partie à Saint-Gervais l’été 1924 (J’ai lu).
Se renseigner: Office du tourisme, tél.: 04 50 47 76 08 et www.saintgervais.com

Source: Annie Barbaccia, Le Figaro 2015